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Dans les débats sur l’innovation, une opposition revient régulièrement : faudrait-il privilégier la recherche fondamentale ou la recherche appliquée ?

Cette question repose sur une vision simplifiée du fonctionnement réel de l’innovation. En pratique, les systèmes les plus performants ne mettent pas ces deux formes de recherche en concurrence. Ils organisent leur continuité.

L’innovation ne naît pas d’un choix entre deux modèles. Elle s’inscrit dans un continuum qui relie exploration scientifique, développement technologique et applications.

Un continuum plutôt qu’une opposition

La recherche fondamentale joue un rôle essentiel dans cette dynamique. Elle explore des phénomènes encore mal compris, produit de nouvelles connaissances et ouvre des perspectives scientifiques inédites. Les grandes ruptures technologiques trouvent souvent leur origine dans ces travaux exploratoires, parfois bien avant que leurs applications ne deviennent visibles.

La recherche appliquée intervient dans un second temps, en mobilisant ces connaissances pour répondre à des besoins précis. Elle permet de tester des hypothèses, de développer des procédés, d’améliorer des technologies ou d’imaginer de nouveaux usages.

Ces deux dimensions sont étroitement liées. La première nourrit la seconde ; la seconde donne une traduction opérationnelle aux avancées scientifiques.

Cette articulation est d’ailleurs reconnue au niveau international. L’OCDE distingue la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental comme trois composantes complémentaires de la recherche et développement, qui contribuent ensemble au processus d’innovation.

Opposer ces approches revient donc à méconnaître la logique même de l’innovation.

Le rôle charnière des universités

Contrairement à une idée parfois répandue, les universités ne se limitent pas à la production de connaissances fondamentales. Elles occupent une place centrale dans l’ensemble du système d’innovation.

En Wallonie, elles participent activement à la recherche appliquée à travers des collaborations industrielles, des projets partenariaux, des plateformes technologiques ou encore la création de spin-offs.

 

Les équipes de recherche travaillent aux côtés des entreprises et des centres de recherche pour développer de nouvelles technologies. En parallèle, les équipes de transfert de connaissances accompagnent la maturation des résultats scientifiques, la gestion de la propriété intellectuelle et leur valorisation.

Cette organisation permet de faire circuler les connaissances entre les laboratoires et les acteurs économiques, facilitant ainsi leur mise en application.

Une chaîne de valeur à préserver

Le véritable enjeu n’est donc pas de privilégier une forme de recherche plutôt qu’une autre. Il est de préserver la continuité entre les différentes étapes de l’innovation.

De l’exploration scientifique à l’impact économique et sociétal, plusieurs phases se succèdent : production de connaissances, preuve de concept, maturation technologique, démonstration, transfert et diffusion.

Lorsque l’un de ces maillons se fragilise, c’est l’ensemble de la chaîne qui se trouve affecté.

Sans recherche fondamentale solide, les innovations de rupture se raréfient à moyen terme. Sans recherche appliquée et dispositifs de transfert, les résultats scientifiques peinent à trouver des débouchés.

Les écosystèmes les plus performants ne cherchent pas à simplifier ce processus. Ils s’attachent au contraire à organiser les passerelles entre ces différentes phases.

Cette continuité repose également sur des structures d’interface ou de Knowledge Transfer Office, au sein des universités, qui accompagnent la maturation des résultats de recherche, structurent les collaborations avec les entreprises et facilitent leur diffusion.

Un choix stratégique pour l’innovation

Dans un contexte de transitions technologiques rapides et de concurrence internationale accrue, préserver cette continuité constitue un enjeu stratégique.

Renforcer la capacité d’innovation d’un territoire ne consiste pas seulement à financer des projets ou à soutenir des entreprises. Cela suppose également de maintenir un écosystème de recherche capable de relier exploration scientifique, développement technologique et impact économique.

Autrement dit, l’innovation durable ne repose pas sur l’opposition entre recherche fondamentale et recherche appliquée.

 

Elle repose sur leur articulation.

 

Pour aller plus loin

OCDE – Science, Technology and Innovation Policy : https://www.oecd.org/fr/themes/politique-de-la-science.html#related-publications

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